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Seijitsu

Le  crépuscule  est  triste  et  doux  comme  un  adieu.
A  l'orient  déjà, dans  le  ciel  sombre  et  bleu
Où  lentement  la  nuit  qui  monte  étend  ses  voiles,
De  timides  clartés, vagues  espoirs  d'étoiles,
Contemplent  l'occident  clair  encore, y  cherchant
Le  rose  souvenir  d'un  beau  soleil  couchant.
Le  vent  du  soir  se  tait. Nulle  feuille  ne  tremble,
Même  dans  le  frisson  harmonieux  du  tremble ;
Et  l'immobilité  se  fait  dans  les  roseaux
Que  l'étang  réfléchit  au  miroir  de  ses  eaux.
En  un  parfum  ému  chaque  fleur  s'évapore
Pure, et  les  rossignols  ne  chantent  pas  encore.

Pour  échanger  tout  bas  nos éternels  aveux,
Chère, nous  choisirons  cette  heure, si  tu  veux.
Nous  prendrons  le  chemin  tournant  de  la  colline.
Mon  front  se  penchera  vers  ton  front  qui  s'incline ;
Et  nos  baisers  feront  des  concerts  infinis,
Si  doux  que  les  oiseaux, réveillés  dans  leurs  nids,
Trouveront  la musique, à c ette  heure, indiscrète
Et  se  demanderont  quelle  bergeronnette
Ou  quel  chardonneret  est  assez  débauché
Pour  faire  l'amour  quand  le  soleil  s'est  couché.

.
François  Coppée

Poser ma tête sur ton épaule

le 13/08/2007 à 15h57
 Je  veux  poser  ma  tête  sur  ton  épaule
Fermer  les  yeux
Imaginer  que  le  temps  s'arrête
Ou  qu'il  nous  appartient
Je  veux,  dans  tes  cheveux  chatains,
M'enfuir  à  jamais
Et  sur  ton  cou,
Au  passage  de  mes  lèvres,
Sentir  ta  peau
Doucement
Lentement
Enfuir  la  mémoire  de  mes  peines
Ma  tristesse

Au  petit  creux  de  ton  épaule
A  la  douceur  de  ta  peau
et  de  tes  cheveux
Vertigineuse
Illumineuse
 
Thierry François

La douce nuit vers elle est venue

le 15/05/2007 à 00h19
La  douce  nuit  vers  elle  est  venue,
Et  dans  le  sommeil  de  ses  yeux
Les  étoiles  sont  apparues.

Aucune  autre  humaine  pensée
Que  ce  rayonnement  des  cieux,
En  son  rêve  n'est  descendue.

Comme  une  prière  exaucée,
Souriante, heureuse, bercée,
Elle  s'est  endormie  en  Dieu.

Son  souffle  s'apaise  peu  à  peu,
Mais  les  étoiles  continuent
A  briller  dans  son  rêve  bleu.
 
 
Charles Van Lerberghe

J'ai tant rêvé de toi

le 14/05/2007 à 21h21

J'ai  tant  rêvé  de t oi  que  tu  perds  ta  réalité.
Est-il  encore  temps  d'atteindre  ce  corps  vivant
Et  de  baiser  sur  cette  bouche  la  naissance
De  la  voix  qui  m'est  chère?

J'ai  tant  rêvé  de  toi  que  mes  bras  habitués
En  étreignant  ton  ombre
A  se  croiser  sur  ma  poitrine  ne  se  plieraient  pas
Au  contour  de  ton  corps, peut-être.
Et  que, devant  l'apparence  réelle  de  ce  qui  me  hante
Et  me  gouverne  depuis  des  jours  et  des  années,
Je  deviendrais  une  ombre  sans  doute.
O  balances  sentimentales.

J'ai  tant  rêvé  de  toi  qu'il  n'est  plus  temps
Sans  doute  que  je  m'éveille.
Je  dors  debout, le  corps  exposé
A  toutes  les  apparences  de  la  vie
Et  de  l'amour  et  toi, la  seule
qui  compte  aujourd'hui  pour  moi,
Je  pourrais  moins  toucher  ton front
Et  tes  lèvres  que  les  premières  lèvres
et  le  premier  front  venu.

J'ai  tant  rêvé  de  toi, tant  marché, parlé,
Couché  avec  ton  fantôme
Qu'il  ne  me  reste  plus  peut-être,
Et  pourtant, qu'a  être  fantôme
Parmi  les  fantômes  et  plus  ombre
Cent  fois  que  l'ombre  qui  se  promène
Et  se  promènera  allègrement
Sur  le  cadran  solaire  de  ta  vie.

.

Robert Desnos

Sensation

le 14/05/2007 à 20h44

Par  les  soirs  bleus  d'été, j'irai  dans  les  sentiers,
Picoté  par  les blés, fouler  l'herbe  menue:
Rêveur, j'en  sentirai  la  fraîcheur  à  mes  pieds.
Je  laisserai  le  vent  baigner  ma  tête  nue.
Je  ne  parlerai  pas, je  ne  penserai  rien:
Mais  l'amour  infini  me  montera  dans  l'âme,
Et  j'irai  loin, bien  loin, comme  un  bohémien,
Par  la  Nature, - heureux  comme  avec  une  femme.

Arthur Rimbaud

Sourire

le 14/05/2007 à 20h28
.
Un  sourire  ne  coute  rien  et  produit  beaucoup
Il  enrichit  ceux  qui  le  recoivent
Sans  appauvrir  ceux  qui  le  donnent
Il  ne  dure  qu'un  instant
Mais  son   souvenir  est  parfois  eternel
Personne  n'est  assez  riche  pour  s'en  passer
Personne  n'est  assez  pauvre  pour  ne  pas  le  mériter
Il  crée  le  bonheur  au  foyer, soutient  les  affaires
Il  est  le  signe  sensible  de  l'amitié
Un  sourire  donne  du  repos  à  l'être  fatigué
Rend  du  courage  aux  plus  decouragés
Il  ne  peut  ni  s'acheter, ni  se  preter, ni se voler
Car  c'est  une  chose  qui  n'a  de  valeur
Qu' a  partir  du  moment  où  elle  se  donne
Et  si  quelquefois  vous  rencontrez  une  personne  qui  ne  sait  plus  avoir  le  sourire
Soyez  généreux, donnez  lui  le  votre
Car  nul  n'a  autant  besoin  d'un  sourire  que  celui  qui  ne  peut  en  donner  aux  autres....

Mohandas  Karamchand  Gandhi